Bulletin Solidaires Ain numéro 19

dimanche 3 décembre 2017

Quelle convergence des luttes ?

L’expression convergence des luttes est employée à tout bout de champ depuis plusieurs années. Elle traduit une nécessité dont l’évidence s’impose : face au pouvoir capitaliste, seule une action collective forte permettra de changer la société. Malheureusement, force est de constater que cette convergence se réduit le plus souvent à une formule creuse sans réelle mise en œuvre pratique. Celle-ci se heurte à trois obstacles que nous devons nous efforcer de surmonter.

En premier lieu, l’illusion du dialogue social est encore largement partagée par la majorité des organisations syndicales. Comme si les conquêtes sociales pouvaient s’obtenir par la négociation ! Le ballet des organisations syndicales, reçues tour à tour par le gouvernement, les conduit nécessairement à danser le menuet du syndicalisme responsable. Le souci de la représentativité, le financement des appareils par l’État ou par le patronat sont incompatibles avec l’indépendance syndicale. Le dialogue social est une impasse dans laquelle le syndicalisme de lutte ne doit pas s’engager. S’asseoir à la table des patrons ou des gouvernants, c’est déjà renoncer à construire un véritable rapport de forces.

En second lieu, le repli corporatiste que nous essayons de combattre dans nos différents secteurs fait le jeu du pouvoir. La lutte en cours contre les ordonnances Macron en fournit deux exemples. Alors que les routiers menaçaient de mener des actions fortes qui auraient permis, si tous les secteurs s’étaient engagés en même temps, de faire fléchir le pouvoir, leurs directions syndicales les ont appelés au renoncement sous prétexte que le gouvernement leur aurait garanti qu’ils seraient partiellement épargnés par la casse du droit du travail. De la même manière, lors de la journée d’action du 10 octobre, la plupart des syndicats de la fonction publique a refusé de faire l’unité avec le secteur privé, la FSU (majoritaire chez les fonctionnaires d’État) ayant délibérément fait le choix de mettre en avant des revendications purement catégorielles.

Enfin, nous assistons de façon récurrente à la répétition d’un rituel syndical dont on sait qu’il conduira fatalement à l’échec. Comme cela a été le cas depuis des décennies, les directions syndicales décident de journées isolées qui finissent par lasser les plus déterminés. Certes, se lancer dans une grève générale reconductible n’est pas simple. Or, non seulement les appareils syndicaux ne font rien pour la favoriser, mais ils s’efforcent - là où elle menace d’émerger - d’y faire obstacle. Les partenaires sociaux responsables, craignant d’être débordés par leur base, révèlent leur vraie nature : ce sont des alliés du pouvoir.

Face à ce constat, il nous appartient de construire une réelle convergence des luttes en partant de plusieurs principes :

- la convergence ne peut émerger de la juxtaposition ou de l’addition de revendications corporatistes : il s’agit de mettre en évidence ce qui est commun aux différents secteurs du privé comme du public ;

- une action unitaire ne se construit pas d’en haut, par un accord entre des directions syndicales contraires de s’aligner sur les positions les plus molles ; c’est à la base, dans nos assemblées générales, que nous pourrons prendre notre avenir en main ;

- une réelle convergence des luttes doit aboutir à un rapport de forces qui, dans les conditions actuelles, serait nécessairement un blocage de l’économie ; converger dans des journées isolées et des manifestations rituelles signifierait se condamner à l’échec.


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