Prise de parole de Solidaires Ain devant la mairie d’Oyonnax le 13 octobre 2007

mercredi 17 octobre 2007

Merci à tous les défenseurs des libertés et du droit syndical qui ont répondu à l’appel de l’Union Syndicale Solidaires de l’Ain pour soutenir nos trois camarades.

Car il faut tout de suite rétablir une première vérité : contrairement à ce que dit M. le Maire dans un courrier envoyé sous enveloppe à tous les employés municipaux, ce ne sont pas nos trois camarades qui appellent à ce rassemblement, mais bien une union syndicale départementale qui regroupe des travailleurs de nombreuses branches : fonctionnaires des impôts, cheminots, travailleurs sociaux et de la santé, enseignants, douaniers, employés de banque, etc... Nos trois amies ont également le soutien de leur fédération nationale SUD territoriaux. De plus, ceux qui ont répondu à notre appel représentent plusieurs autres syndicats qui partagent notre indignation et notre inquiétude. Car ce n’est pas seulement pour soutenir mesdames Pardo, Carlod et Boudier, mais plus largement pour la défense de la liberté d’exercice des droits syndicaux que nous sommes là.

Monsieur le maire a une curieuse conception du syndicalisme. Dans la même lettre aux employés municipaux, il reproche à ces trois femmes de ne pas être de bons « partenaires sociaux ». En tant que patron d’une entreprise qui compte environ 500 salariés, il rêve d’un syndicalisme docile, un syndicalisme de collaboration, qui assurerait une présence de pure forme pour entériner ses décisions. Il leur reproche par exemple d’avoir refusé de siéger dans certains comités paritaires, mais il n’explique pas pourquoi elles le font. Et il prend des décisions en faisant comme si le comité technique paritaire s’était prononcé. Il aimerait convaincre leurs collègues qu’elles sont de mauvaises déléguées du personnel qui cherchent à nuire à ceux qui les ont élues. Ces propos sont diffamatoires, car elles font un véritable travail de terrain depuis de longues années, d’abord pour un autre syndicat, puis après une exclusion parce qu’elles étaient trop combatives au goût du maire et de ce syndicat, pour Solidaires. Et le gros mot est lâché quand il les accuse ainsi : « s’agit-il de syndicalisme ou de politique ? » Quand un patron dit que le syndicalisme doit être apolitique, cela signifie qu’il doit se taire devant les atteintes aux droits des salariés, qui sont très politiques, elles.

En effet, à Oyonnax, les employés municipaux sont soumis à un régime plutôt sévère, comme le rappelait avec humour leur bulletin syndical : au menu : « Bouillon maigre de promotion, effiloché de régime indemnitaire, dos de fonctionnaire pommadé à la main sur lit de promesse, trou d’instances paritaires et ses vapeurs de dialogue social, salade de museau à volonté, fondue de motivation sauce dépression, soufflé de concertation à la noix saupoudré de mépris ».

Au conseil municipal, il n’y a pas d’adjoint délégué au personnel, ni de commission du personnel. Dans les services, l’ambiance est à la délation. Au centre culturel, il y a un cahier relié appelé « main courante », destiné aux gardiens et responsables techniques pour signaler les anomalies, en particulier dans le comportement du personnel. On pouvait y lire par exemple : « monsieur Untel est entré à 13 h 13 par la porte 5. » Certains collègues sont victimes de cabales, de harcèlement, et risquent la révocation devant un conseil de discipline. Du jour au lendemain, tel employé subit un changement radical d’affectation, pour l’exemple. Pour pousser tel autre à la démission, on lui fabrique un poste sur deux mi-temps avec des horaires impossibles alors qu’il habite loin. Dans une entreprise qui compte près d’un quart de non-titulaires, le chantage à la titularisation est un moyen habituel de pression. Les temps partiels contraints sont nombreux. Depuis 2001-2002, le turn over augmente. Les employés n’ont que deux choix : ou ils démissionnent, ou ils se soumettent.

Dans ces conditions, le travail syndical de défense des employés municipaux est perçu à Oyonnax comme un acte de délinquance. Pour liquider les empêcheuses de gérer en rond, rien de tel qu’une bonne petite plainte pour diffamation et injures. Toutes les sections syndicales de France impriment des bulletins qui utilisent l’arme de la caricature et de l’humour. Dans la plupart des cas, le patron incriminé a un minimum d’humour et un minimum de respect pour la liberté d’expression. À Oyonnax, non. En cherchant bien, les édiles ont trouvé un petit article qui rapportait des propos tenus par des élus, entendus en mairie, très injurieux pour les agents, qualifiés de « cons » ou d’ « incapables » selon les cas. L’article se demandait alors ce qu’il fallait penser de « ceux( c’est-à-dire les agents) qui cumulent incapacité et connerie ». Allez savoir pourquoi, le maire et 9 adjoints ont pris cela pour eux.

S’il s’agissait seulement de rétablir leur honneur, les 10 plaignants auraient pu réclamer un euro symbolique, mais la manœuvre est claire. Ils réclament, tenez-vous bien, 2 000 euros chacun de dommages et intérêts aux trois syndicalistes « in solidum », soit 20 000 euros divisés par trois égalent 6666 euros par tête, plus 500 euros à payer par chacune pour chaque plaignant au titre de je ne sais plus quel article, soit 5 000 euros de plus par tête, sans compter les frais de justice. Ils savent très bien ce qu’elles gagnent par mois et avec cette menace de 11 600 euros à payer chacune, ils espèrent les terroriser et surtout terroriser les autres. Bien sûr, ils savent très bien aussi qu’ils n’obtiendront jamais ces sommes extravagantes, mais il faut frapper les esprits. C’est une stratégie qui se développe contre la liberté d’expression écrite, et en particulier contre les textes syndicaux. Le syndicalisme reste un droit, et comme on ne peut pas pour l’instant emprisonner certains syndicalistes, on les frappe au portefeuille, de la même manière que le pouvoir frappe certains journalistes. Cela va parfois jusqu’à l’acharnement. L’ex-ministre Nelly Ollin, dans une affaire similaire de bulletin syndical, est allée jusqu’en cassation, où elle a perdu, contre un syndicat SUD.CT. Le tribunal a reconnu le droit à la critique et à l’humour parodique. Elle était sûre de perdre, mais la vérité c’est que les puissants n’ont rien à perdre, alors que les salariés ont tout à perdre, ou plutôt le peu qu’ils ont. C’est le pot de fer contre le pot de terre. La mairie d’Oyonnax peut se payer les meilleurs avocats, elle peut faire imprimer et distribuer aux employés municipaux de longs textes manipulateurs, diffamatoires et injurieux, alors que les syndicalistes n’ont rien le droit d’écrire sans se faire traîner devant la justice. Le style humoristique est incriminé, alors que M. le maire se permet d’écrire, dans la lettre circulaire adressée aux employés communaux, avec une subtilité que chacun appréciera : « Et puisque ces dames aiment les métaphores, je finirai en leur disant que leur tract est à la littérature ce que le pâté de rats est au foie gras et en soulignant que le lien qui les unit à la vérité est le même que celui qui unit le balai à la serpillière ! » Et c’est lui qui porte plainte !

Tous ensemble aujourd’hui, nous réaffirmons notre soutien à ces trois femmes courageuses. Il y a des libertés qui ne sont pas négociables. La liberté d’expression, y compris par l’humour et la caricature, comme l’a rappelé M. Sarkozy en allant au tribunal soutenir Charlie Hebdo. Et la liberté de se syndiquer et de faire respecter les droits des salariés.

Merci à tous d’être venus rappeler ces principes à Oyonnax comme ailleurs. N’oublions pas de signer la pétition et de venir soutenir nos camarades au tribunal à Bourg le mercredi 24 octobre.


Agenda

<<

2018

 

<<

Juin

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 2 prochains mois